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La centrale du 144 a désormais des yeux sur la scène d'un accident

Le logiciel d'assistance vidéo qu'utilise l'Organisation cantonale valaisanne des secours (OCVS) depuis le 1er novembre permet aux répondants de s'inviter sur la scène de l'accident. Il leur permet d'appréhender la situation avec plus d'objectivité et de mieux anticiper les besoins du patient. © KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT
Le logiciel d'assistance vidéo qu'utilise l'Organisation cantonale valaisanne des secours (OCVS) depuis le 1er novembre permet aux répondants de s'inviter sur la scène de l'accident. Il leur permet d'appréhender la situation avec plus d'objectivité et de mieux anticiper les besoins du patient. © KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT


Publié le 24.05.2022
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Comme s'ils y étaient! Depuis novembre, les régulateurs d'urgence sanitaire de la centrale de l'Organisation cantonale valaisanne des secours testent un logiciel qui leur permet d'accéder à la caméra du smartphone de l'appelant. Convaincant, l'outil sera pérennisé.

Imaginons qu'un homme perde conscience après avoir fait une chute. Son ami contacte les secours. Une régulatrice d'urgences sanitaires prend l'appel et s'attèle à savoir ce qui s'est passé pour le guider au mieux dans les gestes à effectuer et pour engager le dispositif de secours le plus adapté.

Mais cette tâche ne s'avère pas toujours facile, car le répondant doit faire avec le stress de l'appelant qui n'est pas forcément formé à voir des détails importants, explique mardi en conférence de presse Alexandre Briguet, chef du service opérationnel de l'Organisation cantonale valaisanne des secours (OCVS) et responsable de la centrale d'engagement 144, basée à Sierre.

"De la radio à la télé"

Le logiciel d'assistance vidéo qu'utilise l'OCVS depuis le 1er novembre permet aux répondants de s'inviter sur la scène de l'accident via la caméra du smartphone de l'appelant. Il leur permet d'appréhender la gravité de la situation avec plus d'objectivité, de mieux anticiper les besoins du patient et d'engager les moyens nécessaires. "Avec Instant view, nous sommes passés de la radio à la télé. Et la plus-value est réelle", résume Alexandre Briguet.

Le logiciel ne nécessite aucun téléchargement préalable. Lorsque le régulateur estime avoir besoin d'un visuel, il envoie à son interlocuteur un sms contenant un lien. Il suffit alors à ce dernier de l'activer et d'accepter de partager sa caméra et sa localisation.

Après plus de six mois, le concept a été utilisé près de 400 fois, et les retours sont excellents, indique l'OCVS. Le recours à l'assistance vidéo est considéré par les régulateurs d'urgences sanitaires comme apportant une réelle plus-value dans plus de 70% des cas. De leur côté, les appelants sont 86% à estimer que la vidéo facilite la transmission d'informations.

Effet rassurant

L'outil est particulièrement pratique lorsque l'état de conscience de la victime est difficile à cerner, explique Catherine, l'une des régulatrices de la centrale de l'OCVS. "Avant, on avançait à l'aveugle, car on n'avait aucun moyen de vérifier que les bons gestes étaient donnés, alors que maintenant on assiste en direct à la scène", complète-t-elle.

Via ce canal, la régulatrice peut partager avec son interlocuteur un schéma de position latéral de sécurité, une vidéo expliquant de quelle manière prodiguer un massage cardiaque ou positionner un garrot, ou encore inviter une troisième personne - un médecin urgentiste ou un spécialiste - à rejoindre l'appel. Elle peut aussi vérifier qu'il reproduit correctement les gestes. "C'est à la fois rassurant pour l'appelant, et moins stressant pour le répondant", souligne Catherine.

Fort du succès de la phase pilote, "Instant view" va être pérennisé à la centrale d'engagement du 144, puis progressivement étendu à d'autres partenaires du secours préhospitalier valaisan, relève Jean-Marc Bellagamba, directeur de l'OCVS. L'organisation a le soutien du canton.

"Malgré tout ce qui a été mis en place, notamment l'engagement rapide d'hélicoptères ou d'ambulances, les premières minutes après un accident sont cruciales et l'intervention des personnes autour de la victime est primordiale", souligne Mathias Reynard, conseiller d'Etat en charge de la santé, des affaires sociales et de la culture qui se réjouit de cette "nouvelle amélioration des prises en charge préhospitalières".

Cryptée et sécurisée

Du côté de la protection des données, Alexandre Briguet note que la connexion est entièrement cryptée et sécurisée et que la communication n'est pas enregistrée. Le répondant peut en revanche demander l'autorisation de prendre une photo de la scène, lorsqu'elle améliore la prise en charge du patient à l'hôpital ou pour une suite auprès du ministère public.

ats

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