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«Le corps des femmes rondes est hypersexualisé»

Anaïs Potenza: «On fait croire aux grosses qu’elles sont juste assez bonnes pour coucher mais pas pour être aimées.» © André Keiser
Anaïs Potenza: «On fait croire aux grosses qu’elles sont juste assez bonnes pour coucher mais pas pour être aimées.» © André Keiser
Publié le 17.08.2020

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Parle-moi de sexe!

Anaïs Potenza, 30 ans, actrice culturelle engagée en Suisse, regrette que la grossophobie s’invite jusque sous ses draps.

«La fétichisation des femmes rondes passe par l’hypersexualisation de leurs formes. On les réduit à une énorme paire de seins et de fesses. En tant que grosse, j’ai très vite été confrontée aux regards des hommes plus âgés qui, dès mon adolescence, sexualisaient mon corps.

Certains cherchent à coucher avec moi uniquement parce que je suis grosse, ce qui est hyperréducteur. Selon les stéréotypes dits «positifs», une femme grosse serait toujours très aimante, douce et assimilée à la figure maternelle, ce qui est franchement un peu glauque. Selon les stéréotypes négatifs, une femme grosse serait désespérée en amour et du coup elle serait plus ouverte sexuellement et accepterait plus de pratiques sexuelles. En somme, on attend d’elle qu’elle se donne plus qu’une femme mince parce que l’intérêt d’un homme pour une femme grosse est considéré en soi comme une faveur.

Une fois, un homme m’a carrément dit: «J’aimerais coucher avec une femme grosse comme toi parce qu’il paraît qu’elles font l’amour comme si c’était la dernière fois.» Dans ces moments-là, j’ai l’impression que mon corps ne m’appartient plus parce que je suis réduite à un objet de fétichisation. A cause de cette hypersexualisation des corps ronds, j’ai cru pendant longtemps que la seule chose de valeur que j’avais à offrir aux hommes, c’était le sexe.

J’ai rencontré plusieurs hommes qui m’appréciaient beaucoup mais qui m’ont dit qu’ils ne sortiraient pas avec moi parce qu’ils n’assumeraient pas de sortir avec une femme grosse. Un ancien amant, désormais en couple avec une femme mince, a continué à m’écrire en me disant que c’étaient les femmes rondes qui lui plaisaient mais qu’il ne l’assumait pas ouvertement.

Sur les réseaux de rencontre, la fétichisation est encore plus forte. Je reçois régulièrement des messages très directs du style: «J’aime les grosses fesses!» A croire qu’il existe un passe-droit à l’irrespect envers les grosses.» Kaziwa Raim

Pour en savoir plus: Table ronde Grossophobie et sexualité, Genève, La Jonction, association Le Vélodrome, dans le cadre du Fesses-tival, qui a lieu du 18 au 20 septembre 2020.

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