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Réseaux sociaux : la politique s’y invite

Emmanuel Macron chez McFly & Carlito. © Amédée Hirt
Emmanuel Macron chez McFly & Carlito. © Amédée Hirt
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27.04.2021

L’article en ligne » Ces derniers temps, la politique s’est invitée sur les réseaux sociaux. De Macron chez McFly et Carlito à Alain Berset en mème Instagram, le phénomène est large et interroge.

Amédée Hirt

L’avènement des réseaux sociaux dans les années 2010 a changé profondément nos manières de communiquer, et ce, aussi dans le milieu politique. La pandémie a accru cet effet. Les autorités ont eu besoin de communiquer fréquemment à une population confinée. Le canal internet a été largement utilisé. Preuve en est l’audience atteinte par les conférences de presses du Conseil fédéral, dépassant régulièrement les 100'000 vues sur YouTube et certainement presque autant dans les stories Instagram de Thomas Wiesel.
Les réseaux sociaux permettent une communication massive et de proximité. Plus particulièrement, ils permettent de s’adresser à la jeunesse, grande utilisatrice, et de s’attirer sa sympathie, notamment à des fins électorales.
Emmanuel Macron, le président français, l’a bien compris. Il a lancé une véritable offensive de communication auprès des jeunes par l’intermédiaire de son porte-parole, Gabriel Attal. Après avoir lancé une chaîne Twitch, ce dernier multiplie les live Instagram avec des influenceuses et influenceurs très populaires, comme @enjoyphoenix (5 millions d’abonnés sur Instagram), @tiboinshape (4.4 millions) ou @emmacakecup (1.8 millions).
Dernièrement, le président français s’est directement impliqué. Il a lancé un défi au célèbre duo de YouTube McFly et Carlito (6.5 millions d’abonnés). Il leur demande de réaliser une vidéo promouvant les gestes efficaces contre le coronavirus, à l’adresse de leur public, jeune. 


Publiée le 21 février 2021, leur vidéo dépasse rapidement les 10 millions de vues, seuil à atteindre pour remporter le défi. En récompense, le duo comique gagne le droit de tourner une vidéo à l’Élysée avec le président français.
L’utilisation de ces canaux n’a pas manqué de susciter des interrogations. Sur YouTube, on peut regarder les de Victor Ferry, spécialiste du discours et de la rhétorique, ou du nouveau média indépendant BLAST.

 


L’essentiel du problème peut se résumer ainsi : sous couvert de lutte contre la COVID-19, Emmanuel Macron s’invite dans un espace privilégié de la jeunesse. Dans ses live, M. Attal, met en avant l’action gouvernementale contre le coronavirus, sans être remis en question par ses interlocuteurs. Le passage chez McFly et Carlito donne l’image d’un président sympathique et de son temps. À la veille de l’élection présidentielle en 2022 difficile de ne pas y voir une stratégie électorale ciblant les jeunes.
Et en Suisse, qu’en est-il ? Le 20 mars 2020, Alain Berset lançait un défi dans sa story Instagram. Il invitait Roger Federer, Christa Rigozzi et Stress à rappeler les moyens de lutte contre le coronavirus et à interpeller à leur tour trois personnes. L’idée fait le tour de la Suisse et un grand nombre de personnalités y participent dont Granit Xhaka, Wendy Holdener, Stan Wawrinka, ou encore Joël Dicker. Dans la foulée, Thomas Wiesel, Marina Rollman, le Grand JD, Yann Marguet et Yoann Provenzano publient une vidéo à la demande de l’OFSP pour promouvoir les gestes barrières.


La démarche peut rappeler celle d’Emmanuel Macron, mais la version suisse est plus transparente. Le contexte politique suisse est différent : Alain Berset ne joue pas sa réélection sur TikTok. Même si ce dernier, détourné par les « memelords » romands d’Instagram, est de loin le conseiller fédéral le plus populaire sur les réseaux sociaux.


Pour les élections et votations du 7 mars derniers, les acteurs politiques suisses ont été poussés par les mesures contre le coronavirus à faire campagne en ligne. Facebook, Instagram et Twitter ont été les canaux privilégiés. Aujourd’hui, l’immense majorité des partis y est présente avec une efficacité difficilement estimable.
Donald Trump sur Twitter, Emmanuel Macron sur TikTok, Alain Berset sur Instagram, le Conseil fédéral sur YouTube et les partis politiques sur Facebook, tous utilisent les plateformes des géants du Web, des entreprises privées. Une question se pose alors : quelle influence peuvent avoir les GAFAM sur les processus démocratiques ?
 

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