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Ville, campagne et pesticide

Lucas Dupré (à gauche) et Jérémie Stöckli (à droite) reviennent sur les initiatives agricoles de juin dernier. © Nastasia Jeanneret
Lucas Dupré (à gauche) et Jérémie Stöckli (à droite) reviennent sur les initiatives agricoles de juin dernier. © Nastasia Jeanneret
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05.10.2021

Les initiatives agricoles de juin dernier ont marqué les esprits. Retour sur cette campagne hors norme et les enseignements à en tirer

Nastasia Jeanneret

Politique » En juin dernier, les initiatives «Eau propre» et «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» ont provoqué beaucoup d’émoi au sein de la population suisse. Toutes deux refusées à plus de 60%, elles laissent derrière elles beaucoup de questions mais aussi des pistes de réflexion.

Ingénieur en énergie et coprésident des Jeunes Vert-e-s de Fribourg, Jérémie Stöckli, 27 ans, revient sur cette campagne dont il perçoit encore les remous: «C’est difficile de voir que des gens en ont souffert, et que certaines personnes qui étaient prêtes à s’engager ne veulent plus entendre parler de politique étant donné comment cela s’est passé. C’est dommage d’en être arrivé là.»

«Le monde agricole n’a pas été inclus dès le départ»
Jérémie Stöckli

Jérémie Stöckli rappelle que l’utilisation de pesticides est un réel problème qui nécessite de rapides changements, et regrette que les agriculteurs n’aient pas suffisamment été consultés: «Le monde agricole n’a pas été inclus dès le départ. Intégrer les premières personnes concernées pour trouver une solution me semble primordial.»

Lui-même du métier, Lucas Dupré, 26 ans, confirme que la réaction de certains agriculteurs s’explique par le fait qu’ils se sont sentis attaqués et blessés: «On sait que l’agriculteur a une lourde charge de travail au quotidien. Entendre à travers une initiative que son travail ne va pas, c’est émotionnellement compliqué.»

Responsabilité partagée

Aussi conseiller communal UDC à Villorsonnens, Lucas Dupré souligne l’impact qu’aurait eu la sortie des pesticides sur la consommation: «Aujourd’hui, on n’a pas de solution qui ne limite pas le rendement, ne crée pas de tourisme d’achat et n’augmente pas le prix des produits. Les consommateurs auraient donc été directement concernés.»

«On a demandé aux agriculteurs de porter le poids de la transition»
Martin Pidoux

Enseignant et chercheur à la Haute Ecole des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL), Martin Pidoux considère que pour aller vers un système plus respectueux de l’environnement et de la santé, il faut que toute la chaîne soit impliquée: «On a demandé aux agriculteurs de porter le poids de la transition, sans garantie que derrière, les consommateurs allaient jouer le jeu. Il faudrait plutôt se demander comment faire un pas dans la bonne direction à tous les échelons.»

Briser la glace

Ces votations ont mis en exergue une certaine scission entre ville et campagne, mais aussi entre générations. Martin Pidoux estime qu’il est temps de se parler: «Le fossé existe lorsque les gens ne peuvent plus se comprendre. Il faut donc travailler à créer des ponts entre les milieux socioprofessionnels et aller à la rencontre de ceux qui pensent différemment.»

«Il faut donc travailler à créer des ponts entre les milieux socioprofessionnels et aller à la rencontre de ceux qui pensent différemment»
Martin Pidoux

Pour lui, les enjeux liés aux produits phytosanitaires nécessitent un effort collectif: «Les problématiques liées à l’utilisation de pesticides sont réelles mais les solutions sont moins évidentes. Cela demande que chacun fasse des efforts, car nous sommes tous dans le même bateau.»

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